Une nouvelle rentrée s'annonce.

Une nouvelle rentrée s'annonce.
Ma 19e en tant que titulaire.
Jusqu'ici ça me plaisait toujours l'idée de recommencer une nouvelle année; j'étais pleine d'énergie, pleine d'idées, pleine de nouvelles envies...
Mais voilà, cette année et pour la première fois je sens un coup de moins bien.
J'angoisserais presque à l'idée de retrouver ce rythme d'enfer qui parfois donne la sensation de passer à côté de tout.
La sensation de tout faire à moitié, de ne jamais rien terminer vraiment, ne pas s'accomplir...
D'être dérangée constamment, par le téléphone, un patient qui veut me voir pour une question qu'il ne peut poser qu'à moi (type « vous louez des neurostimulateurs? »), le labo qui passe sans rendez-vous au cas où j'aurais un moment...
J'arrive à ce moment où je suis sur le fil. Mon activité fait de la croissance (un miracle!) donc on a de plus en plus de travail et de stress, oui mais la marge ne permet pas d'embaucher. J'aimerais faire de la qualité, prendre plein de temps pour des dépistages, des bilans, des entretiens... oui mais quand???
Je sais que j'arrive sur les mois difficiles avec plein de pathos, que pendant tous les mois froids je retrouverai mes enfants à 20:30 en pensant « bon et maintenant qu'est ce que je peux faire pour le dîner? », que tout sera de la dernière minute, du dernier moment, de l'urgence, et je n'ai plus envie.
Je voudrais du temps. Du temps « détempdu », du temps serein, du temps utile...
Peut être que je ne sais pas m'organiser... peut être... mais peut être aussi que j'ai du mal à m'organiser parce que je ne veux pas perdre l'essentiel et fuir un patient qui attend que je lui réponde « oui bien sûr que nous louons des neurostimulateurs, comment puis je vous aider? »
Alors à tous ceux qui ont du mal à passer la première pour attaquer septembre, bon courage.
Sûrement que tous les corps de métiers ont du mal comme nous.

Bonne journée et bonne rentrée!!!

Delphine Chadoutaud, pharmacien titulaire à Orsay (91)
Commentaire
BEAUJOIN BRUNO
07/09/2018
Cela fait 36 ans pour mon épouse et moi meme,nous avons le meme ressenti que Delphine. On vient chez nous pour les gros problèmes, mais pas pour le reste, soit nous sommes trop chère soit pas assez cela parait louche aux yeux des patients. Ne nous voilons pas la face, la télé-pharmacie arrive, nous aurons sans doute une place pour être exposé au muséum d'histoire naturelle.
Debesson Frédérique Toulon
03/09/2018
Terrible à lire mais tellement réaliste et si bien écrit ! J’entame ma 14 ème année mais malheureusement cela fait déjà plusieurs années que moi aussi je n’ai plus envie de rien (et toujours ce sacré endettement lourd qu’aucune banque ne veut refinancer car capacite d’autofinancement faible ; merci à mon grossiste au passage.) Je tiens physiquement et moralement grâce à mon équipe très sensibilisée au contexte économique et à ma famille que j’ai sacrifiée Et continue à sacrifier en me disant que cela va aller mieux ! Mais là, l’angoisse me monte. Et pourtant, mon métier je l’aime mais ce n’est plus le même maintenant ! Oui, la seule satisfaction, c’est que je ne suis plus seule dans cette impasse. Il faut que les syndicats appuient ce terrible constat.
noel olivier
31/08/2018
Comme toujours, une vision claire et réaliste de notre vécu. Merci de l’exprimer si bien ! Si ces commentaires pouvaient remonter aux instances concernées, ce serait top...
C.E.M
31/08/2018
Et oui, nous sommes nombreux à être logés à la mème enseigne ... mais n'oublions pas que beaucoup de nos confrères (dont je fait partie ), subissent en plus des baisses importantes de marge et de CA, avec un prêt qui courre sur de nombreuses années encore, donc avec en plus une angoisse croissante et insupportable et surtout sans espoir d'une aide quelconque.
chrislag
31/08/2018
Vos propos font écho en moi, qui suis biologiste à l'hôpital.... Même constat que la charge de travail s'accumule trop vite, qu'on me fait faire tout autre chose que mon cœur de métier (signer des bilans de biologie), qu'on presse toujours un peu plus les personnels, surtout les plus consciencieux parce qu'on sait qu'ils vont mettre de la fierté à finir leur travail, et que la reconnaissance derrière n'y est pas (pour vous remercier, on vous supprime les postes comme cela on est sûr que vous aurez encore plus de travail...) La prise de conscience je l'ai vraiment eu quand mes 3 enfants, en bas âge, m'ont dit "Maman, je préfère quand tu es en vacances, parce que tu peux jouer avec nous et tu n'es pas énervée... "Moi j'ai décidé de commencer ma reconversion. Je n'ai que 39 ans mais c'est en retraite que je voudrais être... Belle utopie, je n'en aurai jamais !
Muriel B
30/08/2018
Bonsoir, je suis à fond depuis 13 ans en tant que titulaire et vos petits messages très bien écrits m'ont toujours fait sourire et redonné le moral, parce que je me dis, que je ne suis pas la seule, et qu'on a tous les mêmes soucis à gérer. J'ai vu un article vous concernant, il n'y a pas longtemps plutôt élogieux : vous avez réussi !!! Vous faîtes, nous faisons de notre mieux, nos enfants, notre famille le savent bien ! Vous êtes une battante, moi aussi, les coups de mou, on a le droit d'en avoir, mais on rebondit toujours ! Courage et à bientôt !
Jean-Patrice Folco
30/08/2018
Moi j'entame ma 41 éme rentrée comme titulaire, toujours avec la même envie et la même passion malgré les difficultés mais comme chaque année je me fait une promesse : si j'ai un patient qui me dit qu'il vient chez moi parce que je suis moins cher que mon confrère, je prends ma retraite....juré !
Docteur NO
30/08/2018
J’adore toujours les billets d’humeur de Delphine...... « En souvenir du 40 mont Valérien »
MAIGNAN
30/08/2018
Nous faisons le dernier métier bac +6 où n'importe qui peut nous contacter sans avoir à prendre rendez vous pour nous demander n'importe quoi parfois). Nous sommes donc forcémment très souvent dans la réaction à une sollicitation, parfois dérangeante. Espérer le travail calme et organisé avec les economies que nous sommes obligés de faire sur les frais fixes les plus couteux (les salaires), c'est maintenant un rêve inaccessible. ALORS ? Le nez dans le guidon où devenir Pharmacien de la Secu.
corinne E
30/08/2018
Bonjour Delphine Pour moi aussi c'est la premiere fois ou je me sens totalemet demotivee et depassee Un vrai ras le bol Bon courage
LE GUEDARD COLETTE
30/08/2018
Tout est bien dit...J'éprouve aussi ce sentiment de ne plus maitriser le temps. Ce n'est surement pas spécifique a notre métier. Mais ma consolation c'est de me dire que nous sommes utiles et que nous exerçons un beau métier malgré tout ce qu'il faut affronter. Bon courage a nous tous en cette rentrée qui s'annonce a nouveau chaude avec la nouvelle attaque du gentil M leclerc...
Bg Helen
30/08/2018
Bonjour Comme je vous comprends! Je partage tout à fait votre ressenti... Et suis déçue de ne plus vouloir/pouvoir assurer Bonne rentrée
olivier G
30/08/2018
Si j'ai bien lu, vous reprenez sur une activité en croissance ! Alors oubliez vos angoisses et vos coups de mou, vous faites partie des heureux !!!!!
Amélie P
30/08/2018
Même ressenti au bout de 10 ans seulement de cette folie douce productiviste !!!
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