Un mélanome à l'origine de bien des mots/maux...

Un groupement a eu l'idée du siècle en suggérant à ses adhérents de faire des dépistages de mélanomes. On était déjà pas assez ennuyés à faire accepter la vaccination contre la grippe et à suggérer une prescription pharmaceutique de fosfomycine sur la cystite simple sans une levée de boucliers des médecins, tiens! Nous voici du jour au lendemain promus dermatos! Même notre présidente de l'Ordre a dû rectifier dans un tweet que l'initiative n'avait rien de collégial.
Dans l'effervescence que cette nouvelle a provoquée chez nos amis médecins, j'ai lu sur les réseaux sociaux (entre autres): « n'importe quoi, déjà qu'ils sont pas foutus de conseiller correctement, AINS dans les douleurs dentaires, cranberry dans les cystites et j'en passe... »
Je suis toujours émue de voir l'estime que les médecins ont pour notre exercice.
Vous savez quand on se dépatouille comme on peut avec les urgences au comptoir...
« J'ai une rage de dent, j'ai pris du doliprane, ça passe pas et le dentiste peut pas me voir avant 15 jours ».
AINS non bien sûr, paracétamol codéine interdit maintenant, donc on rajoute bêtement un bain de bouche antiseptique puisqu'on ne peut rien faire d'autre. J'ai même vu des généralistes s'insurger parce que faute de dentiste ils étaient contraints de prescrire un antibiotique en urgence à un patient alors que la dentisterie n'est pas leur art... Donc??? On attend la valvulopathie en faisant des incantations pour qu'elle n'arrive pas trop vite?
« Ca me brûle quand je fais pipi et le médecin n'a pas de place avant 3 jours ».
Ah ben c'est ballot... Tu vas pisser des lames de rasoir et le temps de voir le médecin ce sera passé... Allez, un doliprane et pleure en attendant. On est d'accord: le cranberry en urgence ça me fait marrer aussi. Mais on a quoi? de la cannelle? OK! On va encore être la risée des médecins!
En fait, il faudrait qu'on soit des couteaux suisses mais sans lame qui coupe sous prétexte qu'on ne sait pas s'en servir. 
Qu'on nous donne les moyens de faire du vrai service d'urgence! On sait se former! On sait évoluer! 
Bon de là à dépister des mélanomes, faut pas pousser mais bon sang! Venez passer une journée en officine pour constater comme on est de bons jongleurs! On négocie des rendez-vous, on avance, on gère comme on peut en essayant de ne pas encombrer les urgences de cas qui n'en sont pas!
Les déserts médicaux mènent inéluctablement à un transfert de missions... On nous traitait d'épiciers, on veut faire du boulot de vrai professionnel de santé et ça va encore pas.
Les pharmaciens sont donc la verrue des professionnels de santé?
Ce n'est pas l'avis de nos patients... :-)

Delphine Chadoutaud, pharmacien titulaire à Orsay (91)
Commentaire
Chadoutaud Delphine
13/06/2018
MEME vous êtes adorable. Malheureusement je suis aussi derrière mon comptoir et sortir de ma pharmacie pour une réunion est toujours très compliqué ! Alors je ne fais que ce que je peux comme écrire un billet de temps en temps... mais j’apprécie beaucoup vos encouragements .
YLM
13/06/2018
Il n'y aurait pas une inflation de demandes aux pharmaciens d'officine de nouvelles missions, éventuellement de formalisation à outrance de missions déjà exécutées depuis des années au fil du comptoir ? Avec in fine une baisse de notre rémunération ! Jusqu'où iront nous ?
MEME
12/06/2018
Je propose que vous soyez définitivement le porte-parole des pharmaciens , ceux qui sont derrière leurs comptoirs et leurs bureaux tous les jours..... Toujours pertinente sans oublier une touche d'humour..
groos pierre
12/06/2018
felicitations pour le fond et la forme!!!!!!!!!!!!!
BEDIER jean-françois
12/06/2018
Une seule réflexion suite à votre article : BRAVO et interrogations bien posées quand à notre rôle derrière notre comptoir en situation d'urgence
lejinu moulou
12/06/2018
nous ne nous sommes pas assez bien defendu les pharmaciens. Avec les connaissances qu'on a...ne nous etonnons pas d etre traite d epicier. le pharmacien hospitalier a beaucoup plus de concideration
Marie-Odile MARCHAL
11/06/2018
Et bon courage au confrère (et à son assureur) qui passera à coté d'un diagnostic !!!!!!
Lagoutte Muriel
11/06/2018
Bien vrai Delphine! Et le droit d’enlever une tique et de prescrire un protocole antibiotique pré-établi, ce ne serait pas du luxe non plus ..
PierreN
11/06/2018
Il est plus que temps que se développe la prescription pharmaceutique. Il faut utiliser la place du pharmacien accessible sans rendez-vous pour améliorer le système de santé actuelle. Beaucoup de jeune pharmacien n'attende que ça et sont près à se former... j'espère que ça bougera au niveau du ministère. Il faut arrêter le clivage medecin pharmacien et travailler ensemble dans l'intérêt du patient. On doit réformer cette exercices.
patin jean marc
11/06/2018
j'ai fait un cauchemar, il y a quelques temps, on se trouvait dans le futur, allez 2030...un quidam rentre dans ma pharmacie pour se faire dépister... diabète, cholesterol, sida...mélanomes...bilans de médications..etc.....stupeur du fameux quidam...eh bin vous alors!... vous avez et vous avez encore le temps de délivrer des médicaments.....!!! ...???....non... 2030...je suis trop vieux je ne serai plus dans ma pharmacie..!!!..enfin,?... si j'ai pu la vendre .ma pharmacie.?..non.!!!..double cauchemar....
YLM
11/06/2018
Ce qu'il faudrait faire, avec l'accord des patients (c'est utopique car un bon nombre refuserait) : c'est un reportage sur le vif style "striptease" au sein d'une officine : où serait filmé le travail du titulaire et des collaborateurs au comptoir et les à côtés sur une semaine : les demandes des patients, nos démarches variées qui en découlent, nos difficultés quotidiennes ruptures, tracasseries administratives, nos angoisses, nos colères, notre écoute, notre empathie, nos rires avec certains patients, nos fatigues de fin de journée : notre vie, quoi! au service des patients....
Clavieux Jackie-Laure
11/06/2018
Parfait rien à ajouter 😁😉
Sophie Gillardeau
11/06/2018
Affaire de communication qui a échappé à ses auteurs d’un côté, affaire de communication non affirmée de l’autre... Des journalistes ont titré « Les pharmaciens peuvent maintenant dépister les mélanomes ! » Quand on y regarde bien, le groupement de pharmaciens en question ne propose pas de faire dépister les mélanomes par ses pharmaciens, mais propose un service de téléconsultation ou de téléexpertise avec une plateforme de dermatologues. Ils ont acquis un dermatoscope connecté à un logiciel qui permet d’envoyer sous format crypté au dermatologue la photo d’un grain de beauté qu’ils jugent suspect. Les pharmaciens reçoivent certainement une formation pour aiguiser leur œil sur la sémiologie des mélanomes. Mais bien sûr, ils ne font aucun diagnostic eux-mêmes. Ce service est une simple amélioration de ce que chacun peut faire chez soi avec son smartphone et une application comme ISkin ou Molescope... L’image sera chez le pharmacien plus précise, la transmission garantie sécurisée, la plateforme de dermatologues accessible et la présence du pharmacien rassurante. La communication a échappé au groupement, elle a échappé du coup aussi aux pharmaciens ! De l’autre côté, communication non affirmée. Sur bien des sujets, nos multiples compétences sont ignorées, trop souvent de la part des autres professionnels de santé. Oui, on ne nous donne pas suffisamment de moyens. Mais nous ne communiquons pas assez sur nos compétences. Les patients à qui nous avons rendu service, ceux à qui nous avons vendu le collyre miracle, ceux à qui nous avons pansé l’arcade sourcilière, ceux pour lesquels nous avons bataillé avec le Samu pour qu’il envoie un médecin le savent bien, ils nous trouvent formidables. Mais les autres, si nombreux, ne le savent pas. Nos pharmacies parlent parapharmacie principalement. Même lorsque des prix barrés agressifs ne fleurissent pas partout en vitrine, nous exposons à la vue des patients principalement des produits. Consacrons au moins une vitrine, et un espace bien visible dans la pharmacie, au thème des urgences, de la prévention des accidents domestiques, des signes de l’AVC,... Mettons des affiches permanentes affirmant que nous sommes là pour les 1ers soins et les premieres urgences,... Postons sur nos pages Facebook les photos des bobos réparés avec décryptage pédagogique Investissons dans un logiciel, tensiomètre, oxymètre... nécessaires à une téléexpertise ou une téléconsultation Rendons notre équipe autonome pour les 1ers soins, pour actionner une téléexpertise ou téléconsultation pour un œil rouge, appeler le 15 pour une suspicion d’AVC... Le député Thomas Mesnier met dans son rapport sur les urgences le pharmacien en avant, mais aussi et plus précisément les futurs infirmiers de pratique avancée IPA. Il cite une étude SOFRES -TNS 2014 : 54% des gens ne savent où aller en cas de problème de santé imprévu. C’est par une communication forte et visible dans notre pharmacie que nous nous rendrons légitimes pour donner les premiers soins, conseiller une stratégie thérapeutique, décider d’une téléexpertise ou d’une téléconsultation, ou pour envoyer chez l’IPA ou les urgences. Avec cette communication maladroite ou voulue de journalistes, c’est notre profession qui commence à être mise en danger sur ses prérogatives. Nous devenons presque les coucous des professions de santé, nous volerions le travail des autres ! D’autant plus préoccupant en ces temps où le rôle du pharmacien dans la télémédecine est négocié par les syndicats ! Prenons notre communication en main, ne nous la faisons pas voler et communiquons d’abord chez nous ce que nous savons faire !
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