Lettre ouverte aux syndicats

Messieurs les Présidents,

Le spectacle que vous montrez depuis 4 ans, à coup de fax, de mails ou de communiqués de presse vengeurs, donne une image des plus affligeantes de notre profession. 

Parce que vous êtes d’accord sur le fond, la guerre que vous vous livrez n’aura ni vainqueur ni vaincu, seule la profession sera perdante parce que vos priorités sont politiques avant d’être économiques.
La désinvolture dont vous faites preuve dans la lecture de notre rémunération en vous jetant à la figure des pertes de rémunération qui n’ont pas existé ou qui n’existeront pas, montre que vous ne vous intéressez pas aux effets actuels et futurs des évolutions de nos dispensations avec un mode de rémunération que vous jugez réformé alors que seuls les équilibres existants depuis 1999 entre part forfaitaire et marge commerciale ont été modifiés avec les avenants.

Messieurs les Présidents, au lieu de vous battre d’une façon puérile pour savoir si les honoraires nous protègent ou pas des baisses de PFHT, il vaudrait mieux que vous cherchiez à comprendre le sens et les effets économiques de ce que vous avez négocié.
 
Ainsi le bilan économique de la crise sanitaire du Levothyrox n’a pas été effectué alors que les nouvelles spécialités dispensées en conditionnement uniquement trimestriel avec 1 € d’honoraire a engendré une perte effective de 3 millions d’€ au 1er trimestre 2018.
La commercialisation annoncée de conditionnements trimestriels pour l’ensemble des spécialités de lévothyroxine avec un honoraire mensuel, n’a suscité aucune réaction de votre part alors qu’avec 3 millions de patients le nombre d’unités dispensées va passer de 36 millions à 12 millions, soit une perte prévisible de 24 millions d’€.

Pour la négociation de l’avenant n°11 les dispensations de lévothyroxine ont été comptabilisées avec des conditionnements et des dispensations mensuels. Avec le statut de médicament spécifique et la moyenne d’âge des patients le montant des honoraires supplémentaires apportés par les 36 millions de dispensations aurait dû être de 172 millions d’€ en 2020, mais il ne sera perçu que 57 millions avec 12 millions de dispensations au lieu de 36. Une extension des conditionnements trimestriels à l’ensemble des pathologies chroniques nous ferait perdre 25% des honoraires à l’ordonnance, 75% des honoraires à l’âge et 75% des honoraires pour médicaments spécifiques soit un montant total, financé par notre marge commerciale actuelle, avoisinant les 800 millions annuels à l’horizon 2020.

L’honoraire à l’ordonnance dépendant du statut du produit prescrit avec les médicaments spécifiques nous laisse ainsi sous la menace potentielle de modifications décidées par les pouvoirs publics pour diminuer le montant des remboursements. La suppression de ce statut pour les hypnotiques nous ferait perdre plus de 100 millions d’honoraires.​

Est-il alors acceptable que vous ayez pu négocier une modification de notre rémunération où le tiers des honoraires pour médicaments spécifiques, soit environ 250 millions d’€, peut disparaître sur la simple modification des conditionnements d’une molécule et la suppression du statut d’une catégorie sans vous en rendre compte ?

Il devient alors urgent de renégocier notre mode rémunération en mettant enfin à plat son fonctionnement pour faire des propositions cohérentes aux pouvoirs publics.
 
Il vous faut remettre en cause à la fois vos certitudes et le modèle économique que nous suivons, pour ​montrer qu’il est possible de mettre en place un mode de rémunération pérenne détaché de la variation des PFHT, englobant les génériques, permettant un mode rémunération différent pour les services tenant compte de la spécificité de chaque officine, sans surcoût pour l’Assurance Maladie et enfin dégagé des décisions politiques visant à réduire les dépenses de remboursements de l’Assurance Maladie.
 
Jean-Patrice Folco, pharmacien à Fontaine (38)​
Commentaire
YLM
19/05/2018
Soyons lucides : la devise de l’officine n’a jamais été dans la pratique quotidienne « l’union fait la force » mais plutôt « chacun pour soi et Mars pour tous ». Nos syndicats sont donc à l’image de leurs adhérents. Pour les gouvernements successifs, la pharmacie d’Officine est devenu la variable ajustable à la baisse du budget de la Santé, voire nous allons leur en demander de plus en plus pour gagner de moins en moins et nous verrons bien jusqu’où ils courberont l’échine, certains disent même : se mettront ils à plat ventre ? Face à cela les syndicats ont très peu de leviers d’action, les négociations constituent un rapport de force, lorsque nous n’avons que notre bonne volonté à opposer nous ne pouvons qu’espérer limiter les dégâts. Par ailleurs l’histoire nous enseigne que les syndicats sont un des maillons de la stabilité sociale in fine : mai 1968 en est un exemple type ! En souvenir, notre dernière réunion interprofessionnelle lors de notre dernière grève, les Présidents syndicaux départementaux n’étaient pas très enthousiastes pour une manifestation ; c’est la base qui a poussé à la manifestation avec en définitive une mobilisation importante… Il en reste pas moins que le rôle des syndicats est de défendre la profession bec et ongle. Pour ma part, j’approuve la présence dans les médias des Présidents syndicaux qui doivent toujours mettre en avant nos compétences, rappeler sans cesse qu’un titulaire prend un risque financier important lors de son installation, que nous sommes les rares structures libérales ambulatoires ouvertes de 8h30 à 20h00 tout au long de l’année avec un accès permanent à un professionnel de Santé sans rendez-vous …Que la majorité des pharmaciens est au service de la Santé Publique et des patients, que le cliché du pharmacien mercantile est éculé depuis longtemps.
HAUCHECORNE PHILIPPE
18/05/2018
Vivement la retraite!!!!
Folco Jean-Patrice
17/05/2018
Cher HB, si je comprends bien tu nous expliques que les syndicats savent que l'extension des traitements trimestriels à tous les traitements chroniques va être mis en place et que cela nous fera perdre 30% des volumes de dispensations d'ordonnances dont une majorité devrait apporter les honoraires à l'âge et aux médicaments spécifiques, ce qui revient à dire qu'ils savent que l'avenant n°11 peut potentiellement nous faire perdre 800 millions de rémunération impossible à récupérer. Les chiffres que je donne sont effectivement des évaluations par rapport aux chiffres donnés par la CNAM et sont peut être plus précis que les estimations incohérentes des syndicats qui sont démenties chaque année par les chiffres officiels des pouvoirs publics, entre autre ceux de la CNAM ayant servi de références pour les négociations des avenants n°5 et n°11
R.V.
17/05/2018
Pour compléter : ici , selon le médecin , l'I.K. ( indemnité kilométrique ) est , comme les avions : à géométrie variable . C'est à dire 7 euros pour l'un , 10 euros pour le second , 13 euros pour le troisième ! Et pour faire 2 kms !!!!! Ca c'est du boulot . Moi je livre ...gratos !!! Pas d'I.K. je paye pas le carburant . Conclusion : Vive la médecine , vive Madame Buzin , vive l'ARS , vive.......ect . 50 000 euros offerts pour aller dans un désert ! Le désert c'est au Sahara ou au Sinai . Mais faut bien une raison pour leur offrir tout ce fric . Pauvre de nous . Quand on voit ca et qu'on laisse faire , on a le droit d'être écoeuré .
CF
17/05/2018
Les syndicats ont une longueur d'avance. La sérialisation va nous obliger dès février 2019 à scanner les médicaments boite par boite..Les assistants ont autre chose à faire ( entretiens pharmaceutiques , vaccinations.. etc....Le manque à gagner sera sans doute compensé par les remises laboratoires ( pour la grosses officines) en achat direct, comme pour les génériques et non remboursable..Tant pis pour les petites structures...
Isabelle
17/05/2018
Bravo et merci
FONTAINE JEAN-LOIC
17/05/2018
Bravo Mr Folco
olivier G
17/05/2018
Petite correction de principe : la bataille des syndicats ne donne pas une image affligeante de la profession, elle donne une image affligeante des syndicats eux-mêmes. Tant vis-à-vis des pharmaciens que de tous ceux qui s'intéressent un tant soit peu à nous. Ce qui m'ennuie beaucoup cette attitude des syndicats, c'est que le "combat des chefs" est sans commune mesure avec le travail des pharmaciens engagés sur le terrain. Ce combat discrédite lesdits syndicats dans leur ensemble et leur intérêt, alors que le travail de terrain est réel et sérieux. L'égocentrisme exacerbé de 2 dirigeants qui courent après la notoriété, les plateaux télé et les unes des journaux détruit tout le reste ! Mais cela n'est pas spécifique à la pharmacie, n'est ce pas ?...
groos pierre
17/05/2018
félicitations encore et encore!!!!!!!!!!!!!
Mauvoisin michel
17/05/2018
M. Folco Merci de votre coup de gueule constructif J’ose espérer que nos syndicats vous entendent et que votre article leur fasse l’effet d’un électrochoc leur permettant d’enterrer la hache de guerre. Nous n’avons pas besoin d’être divisés en effet pour pouvoir défendre l’economie de l’officine. Seule notre union fera notre force pour que nous puissions tous survivre.
BEDIER jean-françois
17/05/2018
Un grand bravo à ce cher confrère pour la pertinence de son analyse de la situation . Ces raisons m'ont poussé malheureusement à ne plus me syndiquer !
AlainBoetsch
16/05/2018
Mon cher Confrère Je constate avec bonheur que certains pharmaciens croient encore au Père Noël Si seulement la profession pouvait proposer une rémunération Nous sommes malheureusement face à des dirigeants qui imposent la leur. La SNCF est en grève, que fait le gouvernement ? Il est facile de trouver les solutions derrière son comptoir quand on ignore tout Vous ne voulez pas non plus rouler à 80 je suppose mais que faites vous ? La critique est facile, sortir de son officine pour défendre ses convictions et l’intérêt général en est une autre. J’ai le regret de vous dire que vous vous trompez de cible !
HB
16/05/2018
Cher Jean-Patrice YACAFOCON Toutes les conséquences que tu énumères sont déjà connues, tous les chiffres que tu donnes sont déjà calculés avec plus de précision que ce que tu évalues et tous les remèdes que tu implores ont déjà été réclamés. En fait, je crois que tu aimes bien taper sur les syndicats!
Delame Lelievre Pierre
16/05/2018
BRAVO mais la guerre des syndicats ne remonte pas à hier et elle a toujours été désastreuse pour les officinaux de base !
Aron MACHAT
16/05/2018
Bravo et merci Mr Folco ! Il en faudrait des confrères de votre niveau au sein de nos syndicats ! Mais peut-être que vous manquez de temps...comme la majorité d'entre nous ?
Siboni Pierre
16/05/2018
Et oui tout cela est la triste réalité. Nos dirigeants syndicaux sont pitoyables et nos trésoreries exsangues. Pourquoi voulez vous qu'on se syndiquent!!!
maignan
16/05/2018
Si l'on ajoute à ce qu'à mis en évidence j-p Folco, (que l'on peut classer sous le nom de variations économiques d'origne interne ) ,la 2ème famille de facteurs influant sur notre économie, c'est à dire les effets des décisions affectant les professions partenaires; numerus clausus pour les médecins,répartition des prescripteurs diplomés sur le territoire et sur le panel des différentes spécialités qu'ils peuvent choisir d'exercer, stimulations diverses de la Sécu pour orienter ou réduire leurs prescriptions,ou leur installation ,on voit que nous sommes coincés dans les plaques tectoniques que politiques et sécu font bouger ou pas. En face de cela,il est possible pour nous aussi ,de secouer fortement leur champ de manoeuvre.Les 2 présidents étant totalement sous contrôle, si l'on veut faire quelque chose, il faut le lancer nous mêmes. C'est simple, sans danger économique pour nos oficines, ça peut être maintenu longtemps,et la population est pour les professionnels de santé. Alors ,on dépasse le discours de constatation et on passe à la prise de décision pour l'action.
LAMALLE JEAN-FRANCOIS
16/05/2018
Bravo enfin une analyse pertinente
jojo bello
16/05/2018
les syndicats sont le reflet de notre profession , divisée
ALAIN CHAMBRE
16/05/2018
bientôt plus de questions à se poser. les pharmacies disparaissent à raison d'une par jour voir 2 en 2019 effectivement merci les syndicats et la rémunération à l'acte à 1.02!!! amazone livrera par drone les médicaments que le médecin aura transmi....
Ajouter un commentaire

Articles similaires