Non l’automédication n’est pas le moteur de l’économie officinale.

Stop, il faut dire stop à toutes ces analyses qui font croire que le salut économique des officines dépend du développement des produits comme l’OTC, la parapharmacie ou la diététique sans tenir compte de leurs parts réelles dans le chiffre d’affaires et la marge globale des officines.

Les différents intervenants économiques segmentent le chiffre d’affaires officinal en ventes par taux de TVA alors qu’il est réalisé avec uniquement 2 ventes, la dispensation d’ordonnances et les ventes comptoirs, composée de produits possédant les 4 taux de TVA.
De plus aucune analyse à ce jour ne fait apparaitre que plus de 90% du chiffre d’affaires réseau est réalisé avec des produits à prix publics réglementés, les références à TVA 2,10% représentant 81% du C.A national H.T, les références à TVA 5,50% en représentant 6%, les références à TVA 10% en représentant 0,50% et les références à TVA 20% en représentant 6%.

Les remises appliquées sur les références à prix public réglementés font baisser le montant des achats mais, n’influant pas sur les prix publics, elles ne modifient pas la ventilation du chiffre d’affaires, à l’inverse des produits à prix libres dont les prix publics sont calculés à partir des prix d’achats remisés.

Bien évidemment une segmentation objective basée sur les ventes prix publics H.T des références a de quoi surprendre la grande majorité de ceux qui depuis des années basent leurs analyses de rentabilité personnelle sur des indicateurs ne reflétant pas la réalité économique de leur officine. En considérant que la part du 2,10% dans leur chiffre d’affaires correspond à la part du 2,10% remisé dans le total de leurs achats ils minorent ainsi à la fois la part dans le chiffre d’affaires et la valeur de la marge apportées par les médicaments remboursables.
Ainsi pour une part moyenne de 81% de 2,10% dans le Chiffre d’Affaires correspond une part moyenne de 75% de 2,10% dans les achats soit un écart de 6 points qui signifie que pour une officine moyenne de 1,5 millions d’€ près de 30 000 € de marge sont attribuées à d’autres produits que le remboursable, montant minimum si l’on prend en compte le fait que les références à 2,10% ne sont pas assujettis à une rémunération de type linéaire.

Dans une récente communication sur l’économie officinale, des grands cabinets comptables comme KPMG, CGP ou FIDUCIAL se rejoignent pour constater à partir des bilans de leurs clients une baisse des achats 2,10% entre 2014 et 2016 provoquée essentiellement, selon eux, par la baisse des prix d’achats programmées dans les PFLSS alors que cette baisse est due en réalité à l’augmentation de 17 à 40% du taux des remises génériques en septembre 2014 et à l’augmentation du taux de substitution majorée par l’augmentation induite du montant des remises en 2016.
L’utilisation régulière des chiffres de la segmentation des achats par taux de TVA pour segmenter les ventes aboutit à affirmer pour 2016 la diminution de l’activité officinale sur les médicaments remboursables alors qu’elle n’existe pas. Les chiffres fournis par la CNAM montrent au contraire une augmentation des volumes dispensés, donc une amélioration de l’activité, et une augmentation de 1% de la rémunération apportée par le 2,10% représentant un gain moyen par officine de 3 000 €.

L’analyse objective de la structuration du C.A ordonnances et des ventes comptoirs montre que le véritable moteur économique officinal est le traitement chronique, et la non prise en compte par les intervenants économiques de la concentration du chiffre d’affaires sur les produits à prix réglementés et les traitements chroniques conduit à promouvoir un modèle économique basé sur le développement des ventes de produits à prix libres moins rentables. A titre d’exemple le taux de marque moyen des génériques est de 60% alors que le taux de marque moyen de l’OTC n’atteint pas 35%, avec plus de 900 millions d’unités dispensés les volumes de génériques représentent plus du double des volumes d’OTC (400 millions d’unités) et la valeur de la marge apportée au réseau par l’OTC est inférieure au tiers des seules remises génériques.

Avec moins de 10% du chiffre d’affaires réseau réalisé avec les produits à prix libres, dont l’OTC qui en représente depuis des années environ 5%, il semble donc paradoxal d’affirmer que l’automédication puisse être le moteur économique officinal alors même que les volumes OTC dispensés en 2016 sont encore inférieurs à ceux de 2009 année de la création du libre accès mis en place depuis dans plus de 70% des officines et que dans le même temps les volumes des dispensations ALD ont augmenté de près de 10%.

Jean-Patrice Folco​
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