Le bonheur est dans le pré...

« La nuit dernière j'ai été réveillée par un appel téléphonique qui était une erreur. A 3 heures du matin. Contrariée je n'arrivais pas à me rendormir et j'ai attrapé mon smartphone pour penser à autre chose. Sur un forum de pharmaciens, je suis tombée sur une pépite.​
Un couple de pharmaciens publiait des photos de leur pharmacie et du village (Cronat) dans lequel ils ont exercé durant 30 années. Ils veulent prendre leur retraite et cherchent un acquéreur.
Je me suis toujours considérée comme hyper privilégiée avec ma pharmacie en région parisienne mais dans un écrin de verdure et avec des patients d'une rare gentillesse.
Pourtant je me suis mise à rêver de cet exercice de campagne que mon confrère mettait si bien en avant.
Tu ouvres le matin avec les oiseaux qui chantent et les tracteurs qui passent...
Tu prends un café avec le facteur comme chaque matin.
Comme chaque matin les mêmes mamies viennent te raconter leur nuit et leurs rhumatismes. Le Parisien qui a quitté la ville bruyante pour ouvrir une maison d'hôtes vient chercher des huiles essentielles pour parfumer le linge de ses chambres, ainsi que des savons bio pour les salles de bain. A chaque fois, il raconte comme il a oublié qu'il avait un estomac depuis qu'il est ici. Avant il était sous omeprazole en continu.
Tu fermes entre midi et 15:00, comme ça tu as le temps d'un repas équilibré suivi d'une sieste...
L'après-midi tu bosses en prenant le temps de discuter, tu as même 5 minutes pour aller chercher ta fille à l'école du village, elle fait les devoirs dans ton bureau et traîne dans la pharmacie puisqu'elle est contente de voir tous les gens qui viennent et qui lui disent « alors ? Ça va la puce ? ».
Les gens qui travaillent en ville mais qui aspirent à retrouver le calme de la campagne sont tes patients du soir. Tu les connais tous. Le conseiller clientèle du crédit agricole, la prof d'anglais, l'architecte qui dit qu'il est plus productif chez lui que dans son cabinet car il est tout le temps dérangé...
Tu as une vraie coordination avec le médecin et l'infirmière du village.
Tu fermes à 19:00, tu as le temps de profiter de ta soirée, tes enfants, de regarder un film dès le début !
Le samedi tu ouvres le matin seulement.
L'après-midi tu vas aux champignons en famille, ou faire du vélo...
Et puis comme ici tu as une grande maison (quand à Paris tu aurais une chambre de bonne), les copains viennent souvent squatter tout le week-end ! Ils perdent tout le bénéfice d'un dimanche à la campagne en rentrant dans les bouchons.
Bien sûr tu es content de retrouver la grande ville pour des formations et tu es aussi content d'aller faire les magasins mais tu es soulagé de rentrer chez toi sur ta terre le soir !
Tu vas à toutes les fêtes du village : la fête du cochon, le bal des pompiers au 14 juillet (enfin le 13...), la transformation réussie du vieux lavoir en salle des fêtes...
Tu y retrouves le médecin, le coiffeur, le boulanger, Marc qui a repris le bistrot l'an dernier... et tes patients qui t'appellent souvent par ton prénom quand ils ont bu un verre de kir...
Tous sont heureux de venir. Peu importe le thème de la soirée. Même les parisiens de la maison d'hôtes s'incrustent. Ils trouvent ça tellement « authentique ». Les enfants sont vite réunis dans un coin avec leur iPhone, tablette, Nintendo... ça on n'y échappe nulle part, mais ils ont encore plaisir à jouer dans la nature.
Bien sûr il faut aimer la campagne. Et moi mon cœur de campagne est en haute Marne. J'aime ses forêts, ses rivières, ses prairies, ses fleurs sauvages, ses vaches qui squattent la seule route...
Et si j'avais 30 ans et un peu d'apport, j'irais faire un tour à Cronat... »

Delphine Chadoutaud
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Commentaire
Jouan Gérard
11/01/2018
Merci Delphine Chadoutaud, c'est un grand bonheur de vous avoir lu : je me reconnais tellement dans ce qui est mon quotidien depuis 30 ans ! A tous les angoissés qui sont un peu rabat-joie, je voudrais dire que chaque cas est particulier, qu'il existe encore des endroits où même si l'on y est pas né, on peut être apprécié et respecté, qu'il existe des pharmacies sans garde contraignante, que s'il y a un client grincheux il y en a des centaines qui sont sympa et conciliant, et que rendre service au quotidien n'est pas forcément un fardeau. Il faut savoir aussi que l'on achète pas une officine pour la revendre dans 10 ans, on achète un outil de travail valorisant, performant et rentable (3 fois le revenu d'un adjoint), qui permettra de bien vivre (merci la ZRR) Pour info, quand je me suis installé il y a 30 ans, l'officine n'avait déjà à l'époque "plus d'avenir" !!! Les inconditionnels de la grande ville ont tout à fait le droit d'y rester, je leur conseille même : ils ne sauraient sans doute pas apprécier notre qualité de vie... Souvenez-vous aussi que dans la vie "les gagnants ont des projets, les perdants ont des excuses"....
alindust
02/01/2018
Et si tu avais 30 ans et un peu d'apport, tu devrais d'abord réfléchir et probablement rester à Orsay....les clichés ont la vie dure ....
Marc CURCI
14/12/2017
Tout ce que tu dis ma chère consoeur est le tableau du bonheur plus que parfait .....il y a 30 ans . Je me suis installé en campagne en 1989 et c'etait toute l image que je me faisais de l'exercice en campagne alors que je venais de la ville (ROUEN) . Le bonheur serait encore là si les marges ne s 'effondraient pas , avec en prime , une désertification des campagnes par les prescripteurs et une "révolution" sanitaire .Bref . la perspective des conditions de revente de l 'officine dans 10 ans me parait bien lugubre .Je plains les jeunes candidats à l 'installation et meme par extension , l'exercice de pharmacien d'officine
JLF
12/12/2017
Très très loin de ma réalité, de ma pharmacie rurale dans un petit village, qui à ma retraite ne sera pas reprise....Qui veut travailler aujourd'hui 6 jours sur sept, sans assistant pour un salaire inférieur à celui d'un adjoint... Ne pas parle, donc ,de ce que l'on ne connait pas....SVP
Aupetit magali.
10/12/2017
Pas loin de la vérité ma Delphine !il fait bon vivre à la campagne.pourtant la désertification médicale et l'incertitude sur la revente de nos fonds ternissent le tableau
lolorigolo
05/12/2017
tout est vrai!!! Je suis installé en rural, au nord du sud....
JMB
04/12/2017
Bien loin le cliché de la réalité. Confraternellement
jouan fabrice
04/12/2017
Très belle analyse ....un parfum de bonheur dans un monde obscur.....Merci
LE POULTIER CLAUDE
04/12/2017
Je me reconnais totalement dans ce descriptif , j'exerce en effet avec bonheur depuis 40 ans à St Martin de Landelles, un village du sud manche à la limite avec la Bretagne, je suis aussi à la recherche d'un acquéreur et j'invite Delphine Chadoutaud à venir faire un tour chez moi même sans apport !
Olivier G
04/12/2017
On en aurait la larme à l'oeil mais cela semble tellement loin de la réalité ! Avec des pharmacies de villages qui ferment faute de prescripteurs, des villages qui se vident de leur population ou qui deviennent des villages dortoirs parce que le travail est à la ville, entrainant aussi la fermeture des "petits commerces" du centre ville... et en plus si tu n'es pas né(e) à Cronat, pas sûr que les "mamies" t'accueillent si gentiment...
patin jean marc
04/12/2017
ouais...ouais....ça à l'air d'être sympa cette pharmacie ( un peu comme la mienne....) ....mais ?...mais..., il y a quelque chose qui m'échappe ....pourquoi doivent ils aller sur internet pour vendre leur pharmacie....? il n'y pas d'amateur ,?....je crois que l'herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin....il n'y a plus ou peu de médecin...il faut assumer un service de garde très contraignant..et on dépanne les patients même à 2 heures du matin... .et quand ces fameux patients très fidèles vont faire un tour à la pharmacie la balayette ou celle de tout l'univers....et oui mon pharmacien c'est un sacré voleur....il vend le citrate ou le lyso deux fois plus cher....et patati et patata...j' en ai encore fait l'expérience le week end dernier....quand j'ai fait remarquer a mon "gentil patient" que venir sonner un dimanche à 13 heures pour un tube de dentifrice il y avait un petit abus et un manque de respect du travail... un pharmacien qui commence un burn out...même avec une pharmacie sympa.....
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