«Pictogrammes grossesses» : des effets parfois négatifs

Depuis octobre 2017, certains médicaments identifiés comme « dangereux » pour les femmes enceintes peuvent inquiéter à tort certaines personnes.
« En voyant le pictogramme sur la boîte j’ai tout de suite arrêté mon traitement avant même d’en discuter avec ma gastro-entérologue », témoigne Aurore, enceinte et atteinte de la maladie de Crohn.   « Les femmes enceintes qui arrêtent un traitement prescrit par un médecin peuvent déséquilibrer leur maladie, et ce n’est ni bon pour la maman, ni pour le bébé », explique le Dr Elisabeth Elefant, chef du Centre de référence sur les agents tératogènes. Le Pr Mathieu Molimard, président du Collège national de pharmacologie médicale et pneumologue prend l’exemple de l’asthme : « Entre 5 et 10% des femmes enceintes font de l’asthme. En l’absence de traitement, cette maladie peut mener à une crise sévère pouvant conduire à l’hospitalisation ».
En février 2018, l’Académie de médecine tirait déjà la sonnette d’alarme. Fin mai 2018, la Société de pneumologie de langue française (SPLF) pointe les « difficultés (des praticiens) pour justifier le maintien des traitements de l’asthme au cours de la grossesse ».
Car les pictogrammes concerneraient 60% des spécialités, selon le ministère de la Santé. « En réalité, seule une soixantaine de spécialités ont un effet tératogène ou foetotoxique avéré, soit maximum 10% », explique le Dr Elisabeth Elefant. Selon elle, le fait que tout médicament doit avoir un pictogramme dès lors que la notice mentionne un effet tératogène ou foetotoxique, que ce soit chez l’homme ou... uniquement chez l’animal « mène à des situations absurdes, comme l’apposition sur les substituts nicotiniques de ce pictogramme ». Le Pr Mathieu Molimard complète : « De plus, aucune liste des médicaments qui portent le pictogramme n’existe, ce qui complique le travail des soignants ».
Si un message est à faire passer auprès des patientes, c’est celui dans tous les cas de ne pas arrêter ou modifier son traitement sans avis médical.

Source : lefigaro.fr 12/06/2018
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