Le 4 août, le Sénat a rendu son rapport sur la gestion de la grippe A, avec un regard tout particulier sur le rôle des firmes pharmaceutiques. Ce document est accablant pour bien des acteurs de cette crise… Les auteurs du rapport ciblent en premier lieu la communauté scientifique qui, par ses prédictions, donne l’impression de souhaiter la propagation du virus. Pourtant « il apparaît qu’assez rapidement, des éléments rassurants ont été disponibles, mais ont été peu communiqués par les autorités publiques », souligne le rapport. Parmi les autres acteurs ayant « bénéficié » de la grippe A, on retrouve les laboratoires pharmaceutiques et le gouvernement. Le rapport estime que les autorités publiques n’auraient pas dû accepter, en signant les contrats, les clauses « aux considérations excessivement commerciales ». En effet, les accords conclus avec les firmes pharmaceutiques n’ont pas permis de réduire les commandes, la résiliation étant la seule issue possible, mais à quel prix ! Et les auteurs d’ajouter « Il est anormal que l’Etat ait été contraint de s’engager à acheter deux fois plus de vaccins que nécessaire ». Enfin, le rapport n’épargne pas l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’opacité de l’organisation, notamment dans la gestion des conflits d’intérêt entre les experts et l’industrie pharmaceutique, est montrée du doigt, ainsi que la modification de la définition du mot « pandémie » peu de temps avant la crise. Et la Commission d’enquête de conclure « l’expertise française n’a pas su mesurer l’ampleur d’un phénomène qui s’est avéré bien plus limité que ses évaluations ne le laissaient penser. » Pour éviter que cela ne se reproduise, les auteurs du rapport font 38 recommandations, dont l’une est d’intégrer davantage les professionnels de terrain.
Source : L’Express, 4 août 2010