Lettre ouverte à Monsieur Jean PARROT
Dans un contexte particulièrement éprouvant pour la profession, face aux nombreuses menaces et attaques qui visent et pèsent actuellement sur la pharmacie d’officine, les pharmaciens de la région Ouest demeurent choqués par votre déclaration faisant état de la disparition à terme de 6000 officines dans le cadre d’un publi-rédactionnel publié dans les Cahiers de la compétitivité du journal Le Monde du 18 juin 2008.
Cette prise de position radicale, M. Jean Parrot, est indigne de votre statut de président du CNOP. Il est de notre devoir de vous rappeler qu’à ce titre vous êtes censé assurer la défense des pharmaciens d’officine dans le cadre défini des missions qui relèvent de l’Ordre.
Quant à la répartition démogéographique des officines sur le territoire français et dans les DOM, telle qu’elle est définie par le CSP et de son rôle indispensable dans la santé publique, elle répond de façon fondamentale au droit de chaque citoyen de notre pays d’accéder à des soins de proximité alliant compétence des professionnels de santé et sécurisation de la délivrance.
Nous devons approfondir cette notion de service au public qui doit être au coeur de notre métier de professionnel de santé libéral et indépendant que nous défendons. Dire cela n’est pas se retrancher derrière un archaïsme ou un passéisme mais c’est au contraire poser les bases d’avenir de notre exercice.
Dites nous Mr PARROT, si plusieurs milliers de pharmacies doivent disparaître, quel confrère doit se préparer à baisser le rideau sur son activité et ainsi en tout premier lieu, dans la lignée de vos propos, faire l’économie de sa cotisation ordinale ?
Dites nous Mr PARROT, quel confrère devra exercer dans une pharmacie mère ou fille … ? et ainsi voir rétablir les pharmaciens de première et de seconde classe ?
Dites nous Mr PARROT si votre vision est celle d’une spécialisation de nos officines opposée à notre mission généraliste de service de santé au public.
Dites nous Mr PARROT si la validation de l’affichage des prix dans nos vitrines 60x80… n’est pas la porte ouverte au mercantilisme défiant ainsi notre code de déontologie.
Au nom de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de l’Ouest, seuls véritablement représentatifs de la profession dans notre région, nous vous demandons de réaffirmer votre engagement de défense des trois piliers de la pharmacie et de vous expliquer sur votre démarche à laquelle nous sommes
résolument opposés.
La Fédération des syndicats pharmaceutiques de l’Ouest
Jean PARROT répond…
« Notre environnement de santé est en train de changer. Les prescripteurs ne souhaitent plus être isolés, ils veulent exercer dans des maisons médicales. Ces restructurations font que notre réseau va se retrouver inadapté.
Aujourd'hui, je demande aux officinaux de se mobiliser ; ils vont devoir, avec leurs confrères voisins, parfois concurrents, imaginer des solutions pour travailler ensemble.
La profession doit faire en sorte de se mettre, dans les mois ou les années à venir, en situation pour répondre aux nouveaux enjeux de santé, l’augmentation du vieillissement de la population et de la dépendance, le besoin de nouveaux services à la personne, les suivis pharmaceutiques liés aux médicaments nouveaux à marge thérapeutique étroite… Tout cela obligera les pharmaciens à des formations complémentaires, à consacrer plus de temps avec les patients. Immanquablement, nos structures actuelles vont apparaître comme inadaptées pour répondre à ces enjeux, alors qu’il y a aussi une diminution globale du nombre de pharmaciens disponibles (voir les statistiques de l’Ordre). Il faut donc que les pharmaciens, tous ensemble, titulaires et adjoints, analysent leur situation locale et qu’ils trouvent par eux-mêmes les forces vives pour évoluer.
Quelle réponse je peux donner aux syndicats ? Quelles solutions peuvent-ils apporter à tous nos confrères inquiets pour les aider à se coordonner ? C'est tous ensemble que nous devons bâtir l'avenir, et j'invite les syndicats à échanger avec nous à ce sujet.
Il s’agit de faire en sorte que demain le pharmacien soit le pivot de la chaîne de soins et, bien entendu, cela doit être réalisé sans remettre en cause les 3 piliers de l’officine : monopole, propriété, maillage, auxquels nous sommes attachés et qui sont essentiels pour conserver notre indépendance.
Ainsi, au sein des Nouvelles Pharmaceutiques, tous les 15 jours, avec mes confrères ordinaux, nous diffuserons toutes les informations pour les aider à prendre en main leur avenir.»